Café Le Marigny, dimanche 3 février 2013, 8h du matin.
Un type jeune s’assoit à coté de moi.
- “Ca ne te dérange pas ? Allo, allo ??”.
- “Hein qu’est-ce qui me dérange ?”.
- “Je fume !”.
- “Ben, moi aussi, donc”.
- “C’est un oinj”.
- Tu peux y aller, j’en ai vu d’autre...”.
- “Bon, tu m’a l’air sympa, je suis bourré”.
- “OK, merci”.
- “Si tu veux, j’ai du cannabis, de la coke, de l’héro ?”.
- “Merci, j’ai ma bière ça me suffit”.
- “Tu en prends de la coke ?”.
- “J’en ai déja pris une fois et ça ne m'a rien fait, je ne suis pas accro”.
- “Je suis au 140. Je vais te dire, y a des types comme toi, bien sur eux, tout, il boivent 4 bières avant d’aller au 140 acheter du shit ! Ils dépenses plus en bières qu’en shit ! Parce qu’y a des mecs qui trainent, etc alors ils ont peur et ils se donnent du courage”.
- "C'est qui les clients en général ?".
- "Des zicos, des artistes, des mecs comme toi".
- "Quoi. J'ai une gueule d'artiste ?".
- "Ben, tu leur ressembles".
- ”Le 140, j’en ai entendu parler, c'est au coin de ma rue”.
- “ Dans une semaine on va me mettre un bracelet électronique pendant 4 mois. Ca va être galère. J'ai rendez-vous avec ma conseillière bracelet. Si je m'approche de la zone, ça sonne et les flics rappliquent illico”.
- “ Qu’est-ce que tu a fait comme conneries pour en arriver à ça ?”.
- “J’ai braqué un bureau de tabac à Coulomier”.
- “Tu es jeune et je sens beaucoup d'énergie en toi. tu pourrais faire un tas de choses”.
- “J’était seul. Je me suis fais 7000 €. J’avais mis des gants. Mais comme l’annulaire était usé, quand j’ai mis ma main sur le comptoir ils ont relevés mon empreinte digitale. Avec les flics, aujourd’hui, l’ADN, on ne peux plus rien faire”.
- “ Tu était armé ?”.
- “Un flingue en plastique. Et je l’ai braqué sur la tempe du mec”.
- “Conseil, je me suis déja fait braquer avec un flingue en plastique sur la tempe à Bastille. J’ai tout de suite compris que le flingue était en plastique. J’ai fait l’armée avec de vrai flingues ; tu sens tout de suit la différence entre le chaud et le froid ; un vrai flingue, ça pèse son poids ; ça a une température. Plutôt que de te la jouer série américaines avec le flingue sur la tempe, joue la toi Lino Ventura ; le flingue près du corps. C’est ce que font les vrais truands. Sur la tempe, un tour de passe-passe et tu te retrouve bloqué. Tous les flics savent ça. Ne braque jamais ton flingue sur la tempe ou tu te retrouves désarmé en moins de deux”.
- “...”.
- “Quel age tu as ?”.
- “J’ai 19 ans. Je m’appelle Wallid. Mais je te fait confiance”.
- “Moi j’en ai 43”.
- “J’ai braqué aussi un hotel IBIS. Normalement ils ont 2 vigiles. Un à l’entrée, un dans les locaux, à l’étage, dans une piaule réservée. On aurait du se faire 25 000 €. J’était avec un rebeu et un renoi. On est partis avec 7000 €”.
- “Putain”.
- “Je gagne plus de tunes que tous ces mecs qui vont bosser”.
- “Honnètement, qu’est-ce que tu voudrais faire dans ta vie ?”.
- “Comme tous le monde. Aller bosser à 6 heures du mat’, avoir une femme, des enfants. Comme les autres quoi !”.
- “T’as déja bossé ?”.
- “Oui, j’ai postulé pour le Marigny, pour débarasser les chaises le soir”.
- “Quoi d’autre ?”.
- “J’ ai bossé pour Carrefour Market. Tu connais ?”.
- “Si je veux, j’y vais tous les jours”.
- “J’y ai bossé. Mais tu sais, là-bas y a un tas de types qui connaissent le daron. Y en a un, c’est le fils de la comptable. J’ai bossé sans piper mot. Les autres revendiquaient des droits. Je me suis fait virer. Pourtant, je pipais pas mot et je faisais mon taf”.
- “J’ai moi-même postulé par 3 fois à ce Carrefour Market. Sans résultats”.
- "J'ai bien baisé cette nuit. Je suis crevé. Je crois que je vais y aller".
- "Moi, ça fait des lunes que je baises plus. Trop risqué pour l'instant".
- “Mais tu sais. Tous ce que je fait, c'est pas par plaisir. Faut bien gagner sa tune. Franchement, Pierre, t’es un mec bien. Je suis un peu bourré, je sais. J’aurai jamais dit ça à personne autrement. J’y vais. A plus”.
- “A plus Wallid !”.